Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 17:36
- « aa, aï, ai, aïe, aie, au, ay, eau, eu, eue, oie, ou, où, oui, ouï, ouïe, oye, yéyé, youyou, yue »
- « Pardon ? Youhou, Amandine ? Qu’est-ce tu dis ? »
- « aa, aï, ai, aïe, aie, au, ay, eau, eu, eue, oie, ou, où, oui, ouï, ouïe, oye, yéyé, youyou, yue »
- « Oui, j’ai entendu ! Mais, ça veut dire quoi ? »
- « Rien, je répète mon rôle dans cette pièce, tu sais ? »


Je sautais du lit, en tenue d’Adam. Ah oui, cette pièce. Je détestais ce metteur en scène. Bellâtre, qui draguait ouvertement ma femme.

- « Et tu fais quel rôle, ma chérie ? »
- « Je ne sais pas trop. Il est question de plaisir, jouissance. »


Comme par hasard ! J’étais partagé entre éclater de rire devant la naïveté d’Amandine, et l’envie d’écraser le nez trop droit de ce salaud.

- « Mais, tu ne dis jamais ces mots quand nous faisons l’amour ? Si peut-être ah, ou oh … mais, rarement yéyé. »
- « Alors, c’est que tu ne me fais pas jouir comme il faudrait, Jean ! »
- « Pardon ? »
- « D’après la théorie en vigueur, la jouissance n’est que voyelle »


Le reflet dans le miroir de la salle de bains laissait voir un homme d’âge mûr, avec les yeux très rouges et enfoncés.
Il faudrait que je dorme plus.

- « Bon, admettons, Amandine. Mais, quand tu fais mmm mmm, tu récites le bottin ? Ce sont bien des marques du plaisir, ça, non ? »
- « Ne te fâche pas, Jean. Je pense qu’on devrait arrêter de se voir un certain temps. Faire le point sur nous. »
- « Attends, tu veux me quitter parce que tu ne fais pas oye oye quand je te prends ? »
- « Sans doute, Jean. Tu sais, j’ai compris plein de choses dans ce cours de théâtre. L’oiseau, par exemple ? Il a un s pour ouvrir les jambes des femmes. »
- « Mais, que vient faire l’oiseau ici … tu es adulte, Amandine. On parle de pénis, pas d’oiseau. »
- « Non, je ne parle pas de ça … je parle d’un oiseau, qui permettrait, avec son s, la seule consonne environnée de toutes les voyelles, à Europe d’ouvrir ses cordes vocales et de pousser tous ces sons de plaisir »
- « Mais, que vient faire Europe là-dedans ? »
- « Ah, Jean, c’est pour ça que je veux qu’on arrête notre histoire ! tu ne comprends jamais rien à rien. Si je te dis que l’oiseau ouvre les jambes d’Europe, c’est qu’il ouvre les jambes d’Europe ! c’est comme ça, tout le monde le sait. »
- « Si encore tu m’avais dit un taureau, je dirais oui, sans doute. Mais, un oiseau … Ah, si, je comprends, tu confonds Leda et Europe »
- « Non, je t’assure, c’est bien Europe. Elle jouit en déclamant des voyelles. C’est de là que les voyelles viennent d’ailleurs ! Des cris de jouissance d’Europe »


Je coupai court à la conversation, remis mon pantalon et appelai Reinhardt, le fameux metteur en scène peu scrupuleux.

- « Dites, mon vieux, c’est quoi cette histoire de voyelles, de jouissance, d’oiseau ? »
- « C’est la vérité, monsieur … euh, le mari d’Amandine. Je vais citer le grand Mel Ancólica, qui dit qu’en décomposant OIsEAU, on peut décrypter : O, pour onirisme, I de l'in-fini, de l'in-conscient, A, pulsion active, elle aime, pulsion inactive, elle est aimée, E d'éblouissement, d'éternité (toute subjective soit) mais tellement puissante et U pour ultraméga jouissif. »
- « Et je suppose que ça marche dans toutes les langues ? »
- « bien sûr ! La jouissance est internationale. »
- « Ce qui va être internationale, c’est la trajectoire que votre cul (C ultramégajouissif L) va faire quand je l’aurai botté, croyez-moi … Je vous prierais de laisser ma femme tranquille dorénavant ! »


Je retournai dans la chambre, et vis Amandine en train de mettre à la hâte quelques vêtements dans une valise.
Je décidai de ne pas me fâcher, raflai mes clefs de voiture en passant et courus prendre un grand bol d’air. De la voiture, j’appelai Laetitia.

Elle me dit de venir, qu’elle était seule.

Nous avons fait l’amour, longuement. C’était divin, comme toujours … je notai quelques mmm dans les cris de ma partenaire. Dans les miens aussi.
Je lui racontai ensuite mes déboires.
- « Tu te rends compte, Laeti ? Ma femme veut me quitter parce que je lui fais émettre des consonnes quand on fait l’amour. Ce serait, d’après ses dernières lectures, la preuve qu’elle n’a pas d’orgasme »
Laetitia se tourna vers moi
- « Je suis contente que tu abordes le sujet, Jean … justement …. »
Par John Peter B. - Publié dans : Nouvelles - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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