Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 00:15

 

la Ford Anglia webAh ! Comment s’appelle-t-elle ? J’ai oublié son nom, et ce n’est pas plus mal. Écrire des best-sellers en racontant n’importe quoi, tout le monde peut le faire ! Ou presque !

Nous sommes une très ancienne espèce, cousine de l’homme, de l’humain, des grands singes aussi. Nous existons depuis de temps immémoriaux, en parallèle à vous, voisins tranquilles, nous nous côtoyons, bâtissons ensemble des civilisations, les détruisant, souvent amis, souvent ennemis, et presque toujours sans savoir que nous sommes différents.

Si différents !

Mais, on ne croise pas des chats et des chiens. La légende des animaux fantastiques, résultats d’amours contre-nature est du domaine du fantasme. Nous le savions, vous vous en doutiez, en dessinant néanmoins des bestiaires fabuleux, des monstres de cirque, truqués et indécents.

 

Alors, imaginer une guerre pour la défense de sorciers issus d’unions mixtes, autant vous dire que nous avons trouvé ça d’un ridicule, d’un grotesque, voire même d’un vexant !

 

Cet auteur a fait preuve d’une grande imagination, et en définitive, nous devrions nous en moquer, en rire lors de nos cérémonies sacrées. Mais, malheureusement, je m’appelle Marty Ponher, et je la soupçonne de s’être inspirée de certaines confessions pour avoir fait d’un conte un compte bien rempli. Si je veux écrire ce bref résumé de ma vie, c’est pour rétablir quelques vérités, qui resteront sans doute confidentielles, mais les poser sur papier me soulagera, exorcisera ma haine pour ce triste héros.

 

Je ne sais pas par quoi commencer.

Dois-je vous raconter notre histoire, aussi passionnante que la vôtre, ou me focaliser sur mon existence humble ?

 

Peut-être faudrait-il revenir à nos origines communes. Protopithécus est notre aïeul, mais quand vous alliez devenir Australopithécus Africanus, nous étions, depuis quelques millions d’années, partis conquérir un autre continent dans la Pangée tout juste désunifiée. Évolution parallèle, dans deux mondes différents, à vous l’Afrique, à nous l’Antarctique. Et quand Homo Habilis développa l’outil, nous développions notre cerveau sans outil, mettant en avant des prédispositions communes à nos deux espèces. Nous avons voyagé dans votre monde dès le début de vos civilisations, et nos traces apparaissent dans tous vos panthéons.

Nous étions les sorciers, les chamans, les pythies, demi-dieux et dieux olympiens, et vous nous avez craints, faute de nous comprendre. Il faut aussi avouer que nous avons sans doute abusé de notre position dominante, mais à votre différence, alors que vous aviez éliminé notre cousin néanderthalien, nous avons juste profité de votre cerveau archaïque pour vivre facilement à vos crochets.

 

Le temps a passé, je ne vais pas revenir sur toutes ces anecdotes qui émaillent vos livres d’Histoire. Certains d’entre vous ont compilé notre histoire commune dans des mythologies, contes et légendes, et notre civilisation n’a jamais pris le temps d’écrire sa propre chronique, nos traditions étant focalisées dans d’autres domaines. Et, nous avons toujours su que l’Histoire change en fonction des besoins des gouvernements, n’est le plus souvent que mythes fondateurs, mensonges d’état, arrangements politiques. Nous étions au-dessus de ces faux-semblants.

 

Un jour, un traitre a voulu s’approprier nos prérogatives, vous soufflant le monothéisme. Ses héritiers en ont abusé, évidemment, et la guerre des castes nous a fait beaucoup de mal. Il y a peu de temps, encore, vous nous brûliez, en invoquant l’un des nôtres, ce qui est un comble.

Lors du grand conseil du Soleil d’Azur, nous avons décidé de nous intégrer plus intimement, cachant nos facultés, ou les dissimulant dans des emplois les utilisant.

 

Certaines des plus importantes avancées technologiques de ce siècle sont le fait de cette intégration.

La mécanique, par exemple.

Pour être garagiste, il faut un certain sens du « magique » que vous n’aviez pas. Un moteur est très simple à expliquer, encore fallait-il y penser, et l’entretien, les réparations ne sont qu’à notre portée. Nos facultés sont peut-être moins impressionnantes qu’il y a trois cents ans, la magie n’ayant plus beaucoup de secret pour vous, depuis que Franklin ou Edison déposèrent des brevets de nos technologies. Et nous évoluons côte à côte, nous ressemblant de plus en plus.

 

Si cela peut intéresser les futures générations, descendantes d’Habilis ou de Mentalis, je demanderai au Conseil du Soleil de Nuit, qui va bientôt ouvrir ses sessions, de nommer un groupement d’études et de mémoires. Pour ce court ouvrage, je me contenterai de ce qui vient d’être écrit, sans entrer dans plus de détails.

 

Je suis né il y a un peu moins de quatre-vingt-cinq ans. Mon père était garagiste, comme mon grand-père l’était, et ce métier honorable nous permettait de vivre de notre art dans un certain confort, et en sécurité. Une branche de notre famille était restée dans la magie rurale, et se racontait encore des histoires de vengeances et d’accusations de sorts jetés sur des troupeaux. C’est sans doute pour éviter de tels problèmes que mes arrières grands parents avaient choisi l’automobile plutôt que la sorcellerie à l’ancienne, une voiture crevée occasionnant moins de soucis qu’une vache morte.

Les anecdotes innombrables que mon grand-père me contait commençaient toutes par « le client, ce benêt, m’amenait sa voiture, penaud et quémandant de l’aide », puis il continuait par « je lui donnais un peu d’espoir en lui faisant un devis sommaire, et il attendait patiemment dans une salle d’attente. Alors, je saisissais ma clef de douze, en prenant un air sérieux, fermais la porte de communication entre le magasin et l’atelier, puis je lançais mentalement quelques formules magiques », ou parfois « il arrivait que le client refusât le devis, prétextant une réputation de profiteur chez les garagistes. Il repartait, et quelques phrases ensorcelantes plus tard, revenait à pied pour que je dépanne sa voiture arrêtée quelques mètres plus loin ».

Elles se terminaient invariablement par : « Alors que le cousin Ernest se cachait pour sauver sa vie et s’épargner des coups de fourche, je me pavanais dans un coupé sport flambant neuf. »

 

N’allez pas conclure de cette introduction que tous les Mentalis sont des garagistes. Ma femme par exemple vient d’une famille de plombiers-chauffagistes, où les incantations télépathiques ont aussi une grande influence, notamment sur les tuyauteries récalcitrantes. En quelque sorte, tous ces métiers qui vous semblent mystérieux, que vous méprisez parfois, sont très souvent aux mains de mon espèce. Nous ne sommes évidemment plus pourchassés, même si nous faisons encore peur quelquefois, surtout au moment de présenter la facture. Mais, nous sommes protégés par tout un arsenal juridique particulièrement bien adapté.

Ne croyez pas non plus que tous les garagistes sont des Mentalis. Nous avons formé beaucoup d’Habilis (Sapiens vous va très mal, nous continuons donc à vous appeler de cette ancienne dénomination) à nos professions, souvent sans le vouloir, juste pour donner le change auprès de clients un peu trop curieux.

Pour esquisser nos positions sociales à gros et larges traits, nous avons les métiers dits de l’art, vous avez les autres, présentateurs de télévision, ouvriers, hommes politiques, paysans, banquiers, artistes, etc., tous ces métiers ne demandant que de l’apprentissage et pas de compétences mentales particulières.

 

J’ai donc, tout naturellement, repris l’affaire familiale, le garage « Ponher & fils ».

 

 

 

à suivre

Par John Peter B. - Publié dans : Nouvelles - Communauté : le club du fantastique
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Commentaires

Du coup, j'hésite entre écrire un best-seller qui raconterait n'importe quoi et ouvrir un garage !
Commentaire n°1 posté par vague à l'ame le 28/12/2009 à 15h40
et chauffagiste ? mmm ?
Réponse de John Peter B. le 28/12/2009 à 15h49
Malin celui-là... de sacrées compétences mentales.. si.. si... fallait oser..
Commentaire n°2 posté par Fanfanchatblanc le 29/12/2009 à 01h03
le plagiat n'est pas forcément où on l'imagine !
Réponse de John Peter B. le 29/12/2009 à 03h06

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