Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 14:26

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Un homme de Néandertal ou Néandertalien est un représentant fossile du genre Homo qui a vécu en Europe et en Asie occidentale au Paléolithique moyen, entre environ 250 000 et 28 000 ans avant le présent. Autrefois considéré comme une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens, nommée par conséquent Homo sapiens neanderthalensis, il est désormais considéré par la majorité des auteurs comme une espèce indépendante nommée Homo neandertha-lensis.

Espèce indépendante, cousin du sapiens, un membre éloigné de notre famille en quelque sorte.

 Il est à l'origine d'une riche culture matérielle appelée Moustérien, ainsi que des premières préoccupations esthétiques et spirituelles (sépultures). Après une difficile reconnaissance, l'homme de Néandertal a longtemps pâti d'un jugement négatif par rapport aux Homo sapiens. Il est encore considéré dans l'imagerie populaire comme un être simiesque, fruste, laid et attardé. Il est en fait plus robuste qu'Homo sapiens et son cerveau est légèrement plus volumineux en moyenne. Les progrès de l'archéologie préhistorique et de la paléoanthropologie depuis les années 1960 ont mis au jour un être d'une grande richesse culturelle. De nombreux points sont encore à élucider, notamment concernant les causes de son extinction.

 

La position phylogénétique exacte de l'homme de Néandertal provoque encore de nombreux débats : certains considèrent qu'il représente une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens et le nomment donc Homo sapiens neanderthalensis tandis que d'autres considèrent qu'il représente une espèce indépendante et le nomment Homo neanderthalensis. Il ne s’agit pas d’un simple problème de classification, il s’agit aussi de savoir si l’Homme de Néandertal représente une lignée parallèle et éteinte (espèce indépendante) ou bien s’il a pu contribuer en partie au patrimoine génétique de l’homme actuel. Deux sous-espèces peuvent se croiser et avoir une descendance fertile, mais c'est beaucoup plus variable pour deux espèces différentes, certaines le peuvent et d'autres pas - c'est l'infertilité de la descendance qui signe l'existence de deux espèces mais l'inverse n'est pas vrai.

 

Lors de son identification, l’hypothèse d’une espèce distincte a été privilégiée. Mais dans les années 1960, tous les Hominidés à l’exception des Australopithèques ont été regroupés dans le genre Homo. Les Néandertaliens ont alors été considérés comme une sous-espèce d'Homo sapiens. Cette hypothèse était alors soutenue par de nombreux spécialistes, comme le généticien Theodosius Dobzhansky ou le biologiste Ernst Mayr qui déclarait que « jamais plus d'une seule espèce d'homme n'a existé au même moment ». Aujourd’hui, l’idée d’espèces distinctes est à nouveau proposée, notamment grâce aux apports de la génétique.

 

En effet, les multiples études paléoanthropologiques effectuées sur les ossements ne permettent pas de se prononcer clairement sur la classification de l'homme de Néandertal. De récentes analyses comparées d'ADN mitochondrial extrait d'ossements de Néandertaliens, d'Homo sapiens anciens et de formes supposées intermédiaires indiqueraient un cheminement séparé des lignées humaine et néandertalienne pendant 500 000 ans; il s'agirait donc bien de deux espèces différentes. L'ancêtre commun de l'Homme de Néandertal et d’Homo sapiens serait donc probablement un Homo erectus qui vivait 500 000 ans plus tôt.

 

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La question n'est pas résolue, la difficulté étant de concilier deux notions d'espèce (biologique et paléontologique) dont l'unicité est contestée. La possibilité pour ces deux représentants du genre Homo d'avoir une descendance féconde serait une preuve irréfutable, mais là encore les indices sont contradictoires. Aucun élément n'a permis d’établir la possibilité de croisements, même partiels, entre les Néandertaliens et les ancêtres de l'homme moderne qui lui étaient contemporains. Les analyses d’ADN des hommes de Néandertal découverts autrefois et récemment laissent penser que Néandertaliens et sapiens modernes n'ont échangé aucun de leurs gènes lors de leur coexistence (autour de 30 000 ans avant notre ère). Il s’agit pour l’instant de résultats partiels, portant sur les gènes qui ont pu être comparés, à savoir 370 paires de base sur 600 ; jusqu'à ce que l'étude soit complète, un échange de gènes ne peut être complètement exclu.

 

En Afrique et au Proche-Orient, une coexistence des deux taxons durant plus de 10 000 ans est vraisemblable. En Europe, cette coexistence n'a duré qu'un peu plus de 5 000 ans.

 

Un squelette d'enfant trouvé en contexte Gravettien à Lagar Velho dans la vallée de Lapedo, au centre du Portugal, porterait des caractéristiques des deux espèces. Cet enfant d'environ quatre ans a été inhumé dans une sépulture intentionnelle, il y a 25 000 ans. Il n’est donc postérieur que de quelques milliers d'années aux derniers restes clairement attribuables aux Néandertaliens, datant d'environ 30 000 ans avant notre ère. Cependant, le caractère hybride de cet enfant est très discuté et difficile à établir : les caractères dérivés des deux taxons sont moins marqués chez les individus juvéniles que chez les adultes et la variabilité individuelle des enfants de l’époque est absolument inconnue.

 

Enfin, l'analyse publiée en 2006 d'une séquence d'ADN mitochondrial de la racine d'une molaire d'un enfant néandertalien datant de - 100 000 ans, mise au jour dans la grotte de Scladina à Sclayn (Belgique), vient à l'appui de la thèse faisant de Néandertal une espèce différente d’Homo sapiens. La séquence d'ADN mt de cette dent présente une grande distance par rapport aux autres séquences connues de Néandertaliens, ce qui montre la grande diversité génétique de l'espèce à l'époque. Cette diversité semble s'être fortement réduite ensuite comme le montrent les analyses faites sur les séquences connues entre - 29 000 et - 42 000 ans, au moment où Néandertal cohabite avec l’Homo sapiens. Cette tendance vient à l'appui de la thèse du déclin démographique de Néandertal sur cette longue période conduisant, par un phénomène de goulet d'étranglement de la population, à la disparition progressive de certains génotypes, et donc à l'appauvrissement génétique de l'espèce puis à sa disparition. Reste à savoir ce qui a pu causer cette évolution.

 

(source wikipédia)

 

Extinction de l'homme de Néanderthal : une nouvelle approche multidisciplinaire exclut l'hypothèse climatique.


Les causes de la disparition des populations vivant en Europe avant l'arrivée des hommes modernes, il y a 40 000 ans environ, sont au cœur de nombreux débats. Une équipe multidisciplinaire franco-américaine, réunissant archéologues, modélisateurs du climat du passé, paléoclimatologues et écologues, montre que la détérioration climatique ne serait pas responsable de l'extinction de ces populations. Pour le démontrer, les chercheurs ont utilisé un algorithme réservé jusqu'à présent à la prévision de l'impact des changements climatiques sur la biodiversité. Ces travaux sont publiés le 24 décembre dans la revue PLoS ONE.


Quand Homo sapiens arrive en Europe il y a 40 000 ans, cela fait longtemps que Homo neanderthalensis y est présent. Les deux populations vont vivre à des chronologies semblables sur les mêmes territoires. Puis Néanderthal disparaît. Comment expliquer cette extinction ? Les hypothèses foisonnent et divisent les scientifiques. Une des causes envisagée est l'inadaptation de Néanderthal aux détériorations climatiques survenues à cette époque.

 

Les résultats de l'équipe multidisciplinai re franco-américaine écartent cette hypothèse. Ils montrent qu'en dépit de la détérioration climatique, appelée événement Heinrich 4 (H4), les néanderthaliens auraient pu continuer à occuper les mêmes territoires si les hommes anatomiquement modernes ne les avaient pas investis. Ils privilégient donc plutôt la compétition avec les hommes modernes pour expliquer l'extinction des néanderthaliens. Les chercheurs impliqués appartiennent au laboratoire « De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie » (CNRS/Université Bordeaux 1/Ministère de la culture et de la communication/INRAP), au « Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement » (CNRS/CEA/Université Versailles St Quentin), au laboratoire « Environnements et paléoenvironnements océaniques » (CNRS/Université Bordeaux 1/Ecole pratique des hautes études) et à l'Université du Kansas.

 

Pour parvenir à cette conclusion, ils ont reconstitué le climat de cette époque et analysé la dispersion des sites occupés par les derniers néanderthaliens et les premiers hommes modernes avec un algorithme appelé GARP. Ce dernier était utilisé jusqu'à présent pour prévoir l'impact des changements climatiques sur la biodiversité. Son emploi par les archéologues, modélisateurs du climat du passé, paléoclimatologues et écologues a permis de prendre en compte la localisation des sites archéologiques datés par carbone 14, les informations géographiques et les simulations à haute résolution des différents climats en Europe par le passé. La méthode utilise ensuite une combinaison d'algorithmes prédictifs, analyse la relation existante entre les sites archéologiques attribuables par leur culture à chacune de ces humanités (néanderthaliens et hommes anatomiquement modernes) et les données paléoenvironnementales contemporaines pour prédire la région dans laquelle ces cultures pouvaient subsister. En répétant ce processus plusieurs centaines de fois et en soumettant les résultats à des analyses statistiques de fiabilité, la méthode apprend de ses propres erreurs et obtient ainsi une prédiction optimale. Cet outil permet également de projeter la distribution potentielle d'une population à une époque donnée dans une autre phase climatique de façon à vérifier, après comparaison avec la distribution réelle de sites archéologiques, si la niche originale a subi une contraction ou une expansion.

 

Grâce à cette méthode originale et performante, les chercheurs ont identifié les territoires occupés par les premiers Homo sapiens arrivant en Europe et les derniers néanderthaliens. Ils ont pu comprendre le rôle de chaque facteur climatique dans leurs distributions respectives.

 

Selon l'algorithme, les hommes modernes ont occupés des territoires allant jusqu'à une frontière méridionale marquée par la vallée de l'Ebre pendant la phase froide (H4) puis ont investi le sud de la péninsule ibérique au cours de la phase tempérée suivante (GI8). L'étude conclut que les néanderthaliens du sud de la péninsule ibérique auraient été les derniers à disparaître car ils auraient été préservés de la compétition directe avec les hommes modernes par la phase froide, au cours de laquelle les deux populations auraient exploité des territoires distincts. Pour les auteurs, la disparition de Néanderthal serait donc due à la compétition avec Sapiens sapiens.

 


 

http://www2.cnrs.fr/sites/communique/image/figure1web.jpg

© Banks et d'Errico, Laboratoire PACEA/PLoS ONE

Ces cartes indiquent la distribution potentielle, selon l'algorithme GARP, des néanderthaliens (A, C, E) et des hommes modernes (B, D, F) au cours de phases climatiques successives. Du gris au rouge, la cohérence aux modèles est croissante. Les cercles indiquent les sites archéologiques considérés :
- A et B : avant la détérioration climatique Heinrich 4,
- C et D : pendant la détérioration Heinrich 4,
- E et F : pendant la phase de réchauffement suivante (GI8).


 

 


Neanderthal 2 G

© Banks & d'Errico, Laboratoire PACEA/PLoS ONE

La carte illustre (en rouge foncé) la projection potentielle de la distribution prévue par l'algorithme GARP pour les néanderthaliens au cours de la phase tempérée (IS8)


 

 


Neanderthal 2D

© Banks & d'Errico, Laboratoire PACEA/PLoS ONE

La carte illustre la distribution réelle, basée sur les sites datés de cette époque. Du gris au rouge, la cohérence aux modèles est croissante. Les cercles indiquent les sites néanderthaliens appartenant à l'événement GI8.
La niche des néanderthaliens a subi une contraction qui ne peut s'expliquer, d'après les chercheurs, que par l'expansion de celle des hommes modernes.




Article disponible à l'adresse suivante : http://www.plos.org/press/pone-03-12-banks.pdf

Références :

Neanderthal Extinction by Competitive Exclusion. William E. Banks, Francesco d'Errico, A. Townsend Peterson, Masa Kageyama, Adriana Sima, Maria-Fernanda Sánchez-Goñi. PLoS ONE, 24 décembre 2008.

Contacts :

Chercheurs CNRS
William Banks et Francesco d'Errico
T 05 40 00 26 28
w.banks@ipgq.u-bordeaux1.fr
f.derrico@ipgq.u-bordeaux1.fr

Presse CNRS
Muriel Ilous
T 01 44 96 43 09
muriel.ilous@cnrs-dir.fr

 

A-t-on mangé l’homme de néanderthal ?

 

l'homme de cro-magnon a t'il mangé l'homme de néanderthal?

 

L’arrivée de l’homo sapiens, il y a environ 30 000 ans, dans une Europe peuplée d’hommes de néanderthal n’a pas été de tout repos. Surtout pour ces derniers.“Cette cohabitation n’a probablement pas été amicale”, reconnaît Fernando Ramirez Rozzi, chercheur au Laboratoire de dynamique de l’évolution humaine. Inamicale jusqu’au cannibalisme. C’est l’hypothèse que défendent M. Rozzi et son équipe dans une étude publiée dans le Journal of anthropological sciences.

 

l'homme de cro-magnon a t'il mangé l'homme de néanderthal?

 

Ils se sont penchés sur des fragments d’os provenant du site aurignacien des Rois, en Charente et ont remarqué “quelque chose de bizarre”. A savoir “une mandibule [os inférieur de la mâchoire] typique de l’homo-sapiens et une autre caractéristique des néanderthaliens”

 

La présence de ces ossements datant de la même époque sur un même lieu peut s’expliquer selon trois schémas bien distincts, expliquent Fernando Rozzi et son équipe :

 

    1-Il y a eu des échanges génétiques entre néanderthaliens et cro-magnon. Certains membres du groupe des Rois présentent des caractères néanderthaliens, d’autres d’homo-sapiens.

    2-Il n’y a pas eu de mélange mais l’homme moderne a rapporté des spécimens, morts ou vifs, parmi les siens.

    3-Il y aurait eu “rétention de caractères primitifs” chez l’homme moderne du début du paléolithique supérieur.

 

 En 2004, en s’appuyant sur un plus large échantillon, Rozzi avait montré que la croissance dentaire des homo sapiens et des néanderthaliens était caractéristique de chacune des espèces. C’est grâce à cette précédente étude qu’ils ont pu dire à quel type d’homme appartenaient les fragments.

 

 

Une des mandibules attribuée à l’homme de néanderthal portait “des marques de décarnisation, des traces de coupe sur l’os”.  Or, m’a expliqué  M. Rozzi, ces traces sont semblables à celles retrouvées sur “des vestiges de rennes” exhumés sur le même site des Rois. L’homme de néanderthal aurait donc, aux Rois, subi le même sort que la faune. En d’autres termes, l’homme de cro-magnon se serait repu de l’homme de néanderthal.

 

Seules, ces traces ne permettent pas de conclure au cannibalisme. Il pourrait s’agir d’une pratique rituelle pour fabriquer, par exemple, un collier avec les dents du défunt. Cette hypothèse ne tient pas car “les dents [correspondant aux mandibules en question] ont été retrouvées à proximité”. Sans trous.

 

Cette découpe de la mandibule pourrait également constituer une des étapes d’un rite funéraire. Mais, rappelle M. Rozzi, “nous ne connaissons pas de pratiques funéraires aurignaciennes” . Il récapitule :

        “L’homme de néanderthal a été traité comme la faune et on n’a aucun indice prouvant l’existence de rites funéraires sur le site des Rois. Ce sont deux critères qui laissent penser que des pratiques cannibales ont existé aux Rois”.

 

L’hypothèse cannibale est pourtant difficile à avaler. “Le cannibalisme est un sujet tabou” regrette M. Rozzi. “C’est une pratique beaucoup plus répandue qu’on ne le pense. On ne trouvera pas de photo de la scène, donc on ne sera jamais sûr à 100 % de l’existence de telles pratiques”, plaisante-t-il. Les ossements retrouvés aux Rois permettent au moins de formuler sérieusement l’hypothèse.

 

Source : Le Monde

Par John Peter B. - Publié dans : Humeurs et divers - Communauté : partage
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